Le sport, pour se découvrir
« Le sport est avant tout un moyen d’aller à la découverte de soi » — Thomas Sammut, préparateur mental de Léon Marchand
Deux moments de ce type survenus récemment :
1. Au tir à l’arc
Concours hit/miss, en paires. On fait ça au sein de notre club, il n’y a pas d’enjeu particulier. Le principe du hit/miss est de réduire la cible à un rond jaune, correspondant à la zone du 10 d’une cible normale. Le reste de la cible est noire. Soit on fait un dix (hit), soit on rate (miss). Exercice difficile quand on tire, au mieux, à 7 points par flèche.
Les paires sont déterminées par niveau, je suis associé à un archer bien plus expérimenté, logiquement.
Pendant la phase de poule, je suis complètement à côté de la plaque. Je suis tellement loin du hit que mes flèches ne sont même pas dans le carton. D’emblée, je suis saoûlé. Je me suis peu entrainé ces derniers temps, et les beaux progrès engrangés en début d’année ont vite disparu. Entre deux volées, je m’interroge sur la pertinence de pratiquer ce sport si c’est pour le faire à moitié… Prenant au sérieux la compétition, mon binôme m’interpelle : « Règle ton viseur, tes flèches vont trop haut« . Je n’y crois déjà plus, mais je m’exécute, et je tire de nouveau. Effectivement, c’est encore un peu éparpillé, mais c’est moins loin du rond jaune.
Heureusement, lui assure suffisamment pour qu’on ne termine pas en dernière place de notre poule. On a le donc le droit de participer à un tir de barrage, pour gagner une place en demi-finale. 6 archers tirent, on compare la distance. La flèche de mon partenaire est la plus proche du centre, on est qualifiés !
Pendant la pause, mon partenaire m’encourage à rester moins de temps en visée. « Fais-toi confiance. Arme, vise et tire. » Sa bienveillance aide à surmonter la gêne d’être un si gros boulet pour lui — les autres paires, j’ai vu que la plupart des archers de mon niveau parvenir à toucher au moins un rond par volée.
Demi-finale, je touche enfin ma première cible. Puis, lors de la volée suivante, une autre. Mon partenaire commet un peu plus d’erreurs que pendant les poules, mais l’équipe en face sous-performe, et on gagne de justesse !
Arrive la finale. « Ecoute, à ce stade, on est n’est pas clairement favoris. L’un des deux est champion régional, et l’autre a plus d’expérience que toi. Donc on tire sans pression. On se fait plaisir ! » Première volée, je touche encore une cible, mon partenaire aucune, on perd. Deuxième volée, je touche deux cibles (sur trois), mon partenaire en touche une, on gagne ! Troisième volée, je touche encore deux cibles, et mon adversaire une aussi — trois, comme nos adversaires. Egalité parfaite. Pour nous départager, une dernière flèche à tirer chacun. Les 4 archers s’avancent. Mon partenaire décoche en premier et rate. L’autre débutant s’y colle, pareil. Il ne reste plus que le champion régional et moi. Il rate la cible, de rien. Je touche la mienne. Victoire.
Une des coachs glisse un commentaire : « Tu es véritable diesel. Lent au démarrage, mais tu tiens jusqu’au bout de la ligne d’arrivée. »
Le lendemain matin, grisé par cette victoire, je me mets à chercher des compétitions officielles auxquelles m’inscrire.
2. Au tennis
Premier match avec un nouvel adversaire. Je ne connais que sa réputation : il tape fort.
On échange quelques balles. Effectivement, il tape. Pas toujours très précis, mais quand ça passe, c’est difficile à parer. Dès le début, je vois qu’il a une supériorité technique évidente, donc mon mot d’ordre devient : « Ne cherche pas à gagner des points, juste à renvoyer la balle. »
On démarre, et ça fonctionne plutôt bien. 1-0 pour moi, puis 3-0, puis 4-1, puis 6-2. Il reste calme, mais rate un certain nombre de balles que je lui renvoie in extremis. Après une pause, je sens un changement chez lui. Il frappe moins fort, et me met en difficulté sur chaque balle. 6-4, bientôt 6-6.
Je finis par gagner 7-6, épuisé.
En échangeant rapidement après, il explique : « Tu as une capacité à renvoyer des balles complètement improbables. C’est inhabituel. On pense avoir gagner le point, et tu trouves le moyen de rester dans le jeu, avec des coups tordus. On met du temps à s’y faire. Tu ne frappes pas fort, mais tu vises avec précision. Certains appellent ça avoir un jeu sale, mais pas moi, il n’y a que la victoire qui compte. »
(…)
S’il s’agit de se découvrir à travers le sport, que retenir de ces moments ?
En vrac :
- C’est fou de se voir passer de la démotivation totale (tenté d’arrêter le tir à l’arc) à la remotivation complète (envie de s’inscrire à plein de compétitions), en l’espace de quelques heures. Les deux humeurs semblent extrêmes, et assez décorrélés de la réalité. Mon niveau général d’archer n’a pas pu augmenter entre les phases de poule et la finale.
- Pendant les deux moments, quand j’ai réussi à me concentrer sur des conseils techniques reçus par mes coachs, et ça a permis de surmonter les pensées négatives.
- Je suis plus susceptible aux changements d’humeur que je ne le crois. C’était très visible pendant le tir à l’arc, mais c’est aussi vrai au travail. Avoir quelque chose de concret sur lequel retomber quand on traverse ces phases est utile pour ne pas se laisser emporter.
- Est-ce l’enjeu, ou au contraire l’absence d’enjeu, qui m’a aidé dans les instants où j’ai bien performé ?
- En finale, j’ai touché 5 cibles sur 7 pour finir. Je pense n’avoir jamais effectué une telle prouesse. C’est évidemment peut-être le hasard — mais si ce n’est pas le cas, que s’est-il passé de particulier pour accéder à ce niveau de précision, dans cette courte période ?
- Est-ce que les cibles ultra-petites (dix ou rien) aident le cerveau et le corps à être plus précisé ? Il y a quelques semaines, mon partenaire m’avait recommandé de commencer à m’entrainer avec des cibles plus petites…
- C’est marrant de voir à quel point, dans les deux sports, certains automatismes actuels étaient des points de travail encore récemment, et des défauts patents encore avant. Mais la maîtrise de ces aspects ne joue aucunement sur l’humeur. Ce sont devenus des réflexes, complètement invisibles.